jeudi 23 janvier 2014

Un monde fou

Occupée à méditer sur les méandres du fonctionnement humain, j'ai retenu quelques petits événements désopilants qui me font penser que le monde est devenu fou.

- Des tas de mecs en cravate et quelques dames en tailleur se réunissent pour discuter de l'avenir de la Syrie. La conférence s'intitule pompeusement "Genève 2" alors qu'elle se déroule à Montreux.
Je suis contente, les grands pontes auront la vue sur les Dents-du-Midi dans le lointain et peut-être qu'ils en seront inspirés. Mais j'en doute. Avoir les pieds dans le lac Léman et la vue sur les Alpes suisses et françaises ne fera pas avancer les choses. Cela va juste coûter quelques gros sous à la Confédération car il faut une armée de malabars afin de sécuriser le périmètre de la conférence. En effet, les diplomates ne doivent pas recevoir des missiles dans la figure ou des tomates pourries sur leurs costards bien repassés. On espère qu'entre deux palabres, ils visiteront le mythique château de Chillon et goûteront un bon verre de la Demoiselle de mon pote vigneron Jean-Daniel. Pendant ce temps-là, les Syriens continuent à tomber comme des mouches. Mais un de plus ou un de moins, ce n'est pas si grave. On a arrêté de compter les morts là-bas, c'est trop déprimant. 

- La Coupe du monde de foot de 2022 se déroulera peut-être en hiver car il fait trop chaud en été au Qatar. Il paraît que les températures peuvent monter jusqu'à 40 degrés et ce même à l'ombre. Les pauvres crétins en culottes courtes qui courent après un ballon ne peuvent supporter de telles conditions. De la cocaïne et quelques prostituées de luxe pourraient rafraîchir le tableau caniculaire mais passer des suites royales climatisées à des terrains de foot suant en plein soleil, cela risque de provoquer quelques malaises aux joueurs qui ne sont pas forgés comme des sportifs de l'extrême. A moins que mon compatriote, grand gourou de la FIFA, ne décide d'équiper les joueurs de culottes réfrigérantes. Givré comme il est, il pourrait en être capable.
Et puis il s'agit également de penser aux spectateurs installés dans les immenses stades construits exprès pour l'occasion. La bière se réchauffe vite en plein soleil et tout le monde sait que la bière chaude, ce n'est pas très agréable. Il faut donc que le doux breuvage reste frais pour que la fête soit belle.
Et pour les autres qui n'auront pas l'occasion d'aller visiter ce pays richissime et payer des prix de fous pour des chambres dans de grands hôtels de luxe (les auberges de jeunesse n'existent pas là-bas), ils ne se rendront pas à la place de la Navigation à Ouchy pour visionner la fête sur grand écran en sirotant des litres de bière. Ils se réchaufferont les doigts autour d'un verre de vin chaud en s'agglutinant autour de la télévision dans le stand d'Amédée vendant des babioles au marché de Noël à Saint-François.
Quant à ceux qui construisent les stades et toutes les infrastructures inhérentes à ce genre de manifestation, on s'en tape franchement de connaître les conditions désastreuses dans lesquelles ils travaillent et suent. S'il fait trop chaud sur les chantiers, ce n'est pas trop grave. Un Népalais qui tombe la tête la première dans sa brouette, foudroyé par une crise cardiaque et un épuisement total, cela n'indisposera pas outre mesure le président de la FIFA. La coke aura toujours le même goût et le champagne sera toujours au frais. Et un Népalais en cache un autre, c'est bien connu.

- Les Jeux olympiques de Sotchi vont bientôt débuter. Notre bien-aimé camarade Poutine fera un beau discours devant des centaines de millions de spectateurs et de téléspectateurs. On oubliera le temps des compétitions l'anarchie qui règne dans le pays et les millions dépensés inutilement pour cette grand-messe du sport. Finalement, les droits de l'homme et de la femme, ce n'est pas si important. Si Didier Défago gagne la descente, on fera une grosse noce à Morgins pour fêter l'événement (peu probable, il skie un peu comme une patate ces temps-ci...) et tant pis pour les opposants au régime du petit dictateur. Et ce n'est pas non plus la fin du monde si les habitants des environs de Sotchi ont vu leur quotidien dévasté par les ballets de camions venus en renfort sur les chantiers gigantesques. Le jardin de Piotr ne produira plus de fruits et légumes pour nourrir la famille mais l'honneur est sauf car il pourra tester la piste de bob à deux les jeux terminés en déboursant la moitié de son salaire pour une seule descente. Dire que Sion avait postulé pour organiser les JO en 2002 et 2006. Quand je vois ce que ces joutes sportives sont devenues, je pense qu'on a échappé au pire en termes d'écologie et de finances publiques. Et puis à Sion, on rigole beaucoup plus avec l'affaire Giroud et l'affaire Cleusix, le conseil d'Etat in corpore se tape en effet sur les cuisses en conférence de presse. On n'a plus besoin d'une piste de bob pour attirer l'attention sur notre canton alpin. L'imbécilité et l'incompétence de certains suffisent pour porter aux nues un canton déjà la risée d'une partie de la Suisse.

- Les joueurs de tennis à l'Open d'Australie ont trop chaud car la température peut atteindre 40 degrés sur les courts. Roger et Stan transpirent beaucoup et c'est inadmissible! On devrait d'ailleurs reporter la finale de l'Open pendant la cérémonie d'ouverture des jeux de Sotchi. Il ferait plus frais et un terrain de tennis perdu parmi les infrastructures des joutes hivernales ne coûterait pas grand-chose de plus aux contribuables russes.

- Pendant qu'on transpire à grande eau en Australie, les Autrichiens ont des sueurs froides. La mythique piste de la Streif a bien piètre allure. Heureusement que les canons à neige, les grosses pelles mécaniques et les camions bruyants tournent à plein régime pour tracer parmi les prairies vertes une bande de neige blanche pour que le spectacle ait quand même lieu. L'écologie et le développement durable ne sont pas d'actualité quand les sponsors alignent le fric, que les skieurs fartent leurs lattes et que le public attend les stars du cirque blanc.  De toutes façons, depuis que Didier Cuche ne skie plus dans les compétitions internationales, je ne regarde presque plus les descentes à la télévision mais plutôt les publicités de la Mobilière dans lesquelles il fait le pitre avec son matériel. Et je me dis que s'il y a une ligne de poudre blanche parmi les sapins, cela pourrait également attirer quelques stars du ballon rond pour une séance de sniffage. On pourrait convier quelques poules de luxe dans l'air d'arrivée pour compléter le tableau idyllique des sportifs méritants du 21ème siècle.

- L'écologie ne fait pas de nombreux adeptes à Kiev. Les opposants au régime brûlent des pneus en plein centre ville et une fumée noirâtre s' élève au-dessus des bâtiments grisâtres. Tout cela parce que les Ukrainiens veulent se rapprocher de l'Union européenne. Ils pourraient quand même manifester leur ras-le-bol en silence sans polluer le reste de la planète. A l'heure où j'écris ces lignes, j'apprends que les caïds de l'opposition viennent d'investir le bâtiment du Ministère de l'agriculture. Je peux comprendre, le peuple en a marre d'être pris pour des vaches à lait. Il est temps de changer car c'est tellement connu que dans l'Union européenne, tout est si beau et idyllique sauf quand Angela se casse la figure à ski de fond et que Hollande se met à faire son cinéma avec son actrice blondasse.

Heureusement, en ce qui me concerne, je gis peinard dans mon fauteuil. Ma nouvelle télévision me permet de capter un tas de chaînes et de voir comment le reste de l'humanité se comporte. Je grince des dents en me délectant de ces nouvelles toutes plus farfelues les unes que les autres mais une chose est sûre. J'attends avec impatience la télévision du futur, celle qui me permettra de regarder des programmes interactifs et de prendre part directement à la marche du monde.

Je pourrai ainsi tirer des claques en direct à Poutine qui sera toujours président après 15 mandats, prendre la parole via écran interposé à la conférence "Genève 5895328980 " pour dire que les Syriens continuent de souffrir mais aussi les Palestiniens, les Irakiens et les Afghans, descendre la piste de la Streif avec mes skis à roulettes, me faire une ligne avec Ribéry président de la FIFA et demander un autographe à travers l'écran de télévision à Stan, numéro 1 mondial de tennis à la place de Federer qui fera des pubs pour Rolex.

Ce sera complètement fouuuuuuu.


vendredi 20 décembre 2013

Etc. et etc. et bonnes fêtes




Et voilà, on y est. Encore une fois.

Les fêtes de fin d'année.

Souvent ce mot me fait frémir. On a tellement couru toute l'année et encore plus en décembre qu'on arrive complètement exténué pour le réveillon de Noël.
On boit quelques verres pendant le repas et tout d'un coup, les esprits commencent à s'échauffer.
Et les sujets s'enchaînent entre les grandes personnes alors que les enfants trépignent d'impatience pour ouvrir les cadeaux.

Cette année, les sujets phare seront sans doute:
- Freysinger et sa queue de cheval qui ont été brillamment élus en Valais mais qui n'ont rien fait de mieux que les autres, juste gueuler la bouche ouverte en décrétant haut et fort que les étrangers sont responsables de tout
- les résidences secondaires qu'on ne peut plus construire dans les régions de montagne à cause d'un vieillard écologiste
- les meurtres de M. et de A.
- les Africains qui ne savent pas nager en Méditerranée
- les Philippins  qui ne savent pas construire des baraques qui tiennent debout
- l'Europe et sa crise, les Espagnols qui n'ont plus de travail chez eux et qui pensent que chez nous, c'est super bien; les Grecs qui pioncent toute la journée en espérant que l'économie va reprendre
- les centrales nucléaires qui devraient disparaître d'ici quelques années... alors qu'on dégueule sur les éoliennes
- l'augmentation des taxes, des impôts, la crise du logement
- les mous du genou du gouvernement qui ne font rien
- la machine à laver qui n'essore plus si bien
- le concierge qui ne sait pas enlever les ordures devant le bâtiment et qui n'arrive pas à tuer les cafards
- la neige qui ne veut pas venir alors qu'il y a un mois en arrière, on s'extasiait des premières neiges en novembre 
- Madiba et la madibamania et autre Obama
etc. et etc.

De toutes façons, c'est clair, c'est la faute des étrangers, des délinquants, des gitans, des glandus, des drogués, de la police, des juges, des conseillers fédéraux et des parlementaires, des patrons et des profiteurs du système pourri, etc. et etc.
Et alors on continuera de dire que c'était mieux avant, la bouche pleine de jus de viande, le verre rempli de bon pinard et la peau du ventre bien tendue.

Et après cela, on ira se pendre au sapin de Noël et on ouvrira les cadeaux dans la joie et la bonne humeur en s'extasiant des bonnes idées de toute la famille: le bouquin qu'on a déjà lu, l'horrible sac à main, le parfum qui pue, les chaussettes fluo de Grand-Mère Odette qui vont gratter dans les chaussures, les biscuits trop cuits de la Tante Adèle qui font gerber, etc. et etc.
Et on attendra la tablette numérique dont on a toujours rêvé en secret mais qui ne viendra pas.
Et on continuera de boire, encore et encore, etc. et etc.
Et après on aura mal au ventre ... et à la tête.

S'il n'y avait pas tout cela, ce ne serait pas Noël.
On en rempilera l'année prochaine. Comme toutes les années.

Et entre temps, on aura acheté ladite tablette numérique car il ne faut surtout pas qu'on ne l'ait pas, cela fait ringard de dire qu'on continue de pianoter sur un vieil ordinateur portable qui a bientôt 8 ans!

De toutes façons, c'est ainsi. Il y aura toujours des étrangers et des cons car on est toujours l'étranger de quelqu'un et le con de quelqu'un d'autre. L'humanité est ainsi faite.
Et s'il ne neige pas, je m'en tape car mon Bonhomme de Neige-Père Noël qui pose dans mon petit salon ne fond pas, année après année.

Et puis bon sang, on a toujours à boire et à manger. Etc. et etc.

J'espère quand même qu'il y a aura des accolades, des rires et des bons moments.
Et puis qui sait, peut-être un peu de neige en montagne.

Alors bonnes fêtes!
Etc. et etc. 


jeudi 21 novembre 2013

Et un, et deux et trois FLOCONS!

Ça y est. Les flocons ont fait leur apparition en plaine alors que cela fait déjà quelques jours voire quelques semaines qu'ils sont tombés en montagne. 

Et comme toutes les années, j'ai l'impression que c'est le même chaos qui se répète. Les automobilistes roulent au pas sur les autoroutes, un journaliste la gueule enfarinée de poudre blanche relate sur TF1 les nombreux retards des transports publics, les routiers bloqués et Papy Gérard  au journal de 13h00 déblaie devant sa porte en disant que c'est quand même joli toute cette belle neige mais qu'il préférerait qu'elle tombe ailleurs et pas juste devant chez lui.

Toutes les années, c'est pareil. On entend des automobilistes ulcérés de voir que la voirie n'a pas fait son travail à temps, que les routes ne sont pas déblayées comme il faut et que c'est insupportable de vivre cela coincé dans sa voiture. 

Et je dois dire que cela me gave profondément. Trois flocons et tout fout le camp. 

Au moins les Bretons ont tout compris. Ils ont ANTICIPE!
Avant même que la neige ne tombe, ils ont sorti leurs bonnets rouges pour se protéger. Un véritable exemple.
Ils ont dit merde à la neige, merde aux taxes et merde à tout le monde. 
Une vraie leçon de citoyenneté. 

Et un, et deux ,et trois flocons...

Oui, parce que c'est comme cela qu'on compte en France. Alors que la semaine dernière, on a fustigé une équipe de foot qui se traînait sur un terrain, cette semaine, on porte aux nues ces sauveurs de la nation, petits roitelets du ballon rond.
Alors que beaucoup d'entre nous considèrent ces gougnafiers en culotte courte comme des petits cons imbus d'eux-mêmes, on chante l'hymne national à tue-tête pour se redonner du courage et affronter les frimas de la crise et de l'hiver.

Non, vraiment, je n'y comprends plus rien. Mais aujourd'hui, avant de mettre le nez dehors, j'enfile mon bonnet rouge tricoté par feue arrière grande tante Agathe et je vais aller arracher les horodateurs dans la rue car j'en ai marre de ces coûts désastreux de parking urbain.

Après cet acte citoyen et courageux, j'irai baffer un employé des transports publics pour montrer mon désaccord face à la hausse constante de mes titres de transports et pour terminer ma ronde revancharde, j'irai démonter à coups de pelle l'employé de la voirie qui n'a pas bien déblayé devant l'entrée de mon immeuble. Je m'abstiendrai cependant de refaire la tronche de Ribéry car quelqu'un d'autre s'est apparemment déjà chargé de l'affaire.

Le devoir accompli du parfait petit grognon, je profiterai d'un petit séjour pour me changer les idées dans un pays asiatique. Là-bas au moins, c'est tranquille: pas d'horodateurs, pas trop de taxes, pas de flocons. 

Ah non, Phil Hippin, de l'agence de voyage Tous Risques m'annonce dans mon oreillette située sous mon bonnet rouge que l'hôtel que j'ai réservé n'existe plus. Rayé de la carte et pas par des flocons.

Et un,et deux, et trois flocons!



lundi 28 octobre 2013

Qu'est-ce qu'on se bétonne...(bidonne?)!

Lu aujourd'hui pour vous dans la presse électronique:
"Une fausse chirurgienne esthétique américaine qui injectait du ciment et de la colle dans les fesses de ses «patientes» pour que leur derrière ait un aspect rebondi a été condamnée jeudi à un an de prison en Floride."

Cette histoire me fait simplement écrire ceci: 

Il y en a qui ont du plomb dans la cervelle et d'autres qui ont du ciment dans le c...

Personnellement, je préfère les premiers. Ils ont toute ma sympathie. Intelligents, brillants, j'aime les accueillir dans mes soirées mondaines. 

Je trouve les deuxièmes tout à fait insupportables. Ils font du bruit quand il s’assoient et bien souvent, ils détruisent maladroitement mes chaises de jardin pendant mes soirées mondaines lorsqu'ils essaient d'y déposer avec délicatesse leur gros postérieur en ciment prompt.
 
Et quand je leur fous des coup de pied au c... après avoir tenté de leur expliquer que la chirurgie esthétique fait des ravages, cela me casse les pieds. 

Vous n'avez qu'à essayer d'envoyer un coup de pied dans un mur, vous verrez que cela fait très mal. 




mercredi 16 octobre 2013

La complainte du tube cathodique

J'aurai pu dénoncer le cirque dans lequel évoluent les clowns américains, fustiger ces imbéciles à gros nez rouge qui papotent pendant des heures au sujet de tableaux, de chiffres faramineux et qui font que toute la planète s'angoisse à l'idée que ce pourrait être une crise économique sans précédent s'ils n'arrivent pas à s'entendre.

J'aurai pu gloser sur le fait que les immigrés africains ne savent pas nager et qu'ils finissent lamentablement au fond de la Méditerranée à donner à manger aux poissons.

J'aurai pu dénoncer l'ascension du parti de Marine le Pen en France dans tel bled du Sud mais finalement je me dis que si les gens votent à l'extrême, c'est qu'il y a une insatisfaction générale et que ceux qui pourraient trouver des solutions sont des ânes bâtés. 

J'aurai pu encenser l'équipe suisse de foot qualifiée pour la Coupe du Monde au Brésil mais qui va se ramasser dans les dents lors de son premier match contre je ne sais pas qui. 

J'aurai pu mais non, je n'ai pas eu le courage. Je n'avais pas envie que mes neurones s'entrechoquent dans des dénonciations et des écrits politiques qui finalement n'intéressent personne. Et pour tout dire, j'étais occupée par bien d'autres choses, beaucoup plus importantes pour mon avenir et mon bien-être personnel. C'est vrai, je commence à devenir égoïste et je crois qu'il vaut mieux que je pense plus à moi et moins aux autres.

Mon esprit bassement matériel et totalement étriqué est effet pris par des considérations purement basiques mais qui accaparent toute mon attention depuis quelques jours. Lorsque je suis revenue de mes vacances et que je me suis vautrée lamentablement dans mon fauteuil en commençant mon travail de zapping, j'ai pu me rendre compte que mon vieux téléviseur se portait plus très bien. Son tube cathodique n'avait pas subi de dommages irréparables pendant mon absence mais il n'était plus du tout dans l'air du temps. A l'heure du tout numérique, ma vieille télévision n'arrivait en effet plus à capter les chaînes numériques et mon fournisseur d'accès avait encore fait disparaître un nombre certain de chaînes depuis le début du mois de septembre. Consciente de cette perte d'informations primordiales et du vide intersidéral qui s'installait sur mon écran, j'ai dû prendre une terrible décision. Il me fallait changer d'appareil pour être de nouveau connectée au monde et pouvoir bénéficier de toutes les conneries que les chaînes publiques nous balancent à longueur de journée.

Ainsi, dans un déchirement larmoyant, ma vieille télévision et moi nous nous sommes séparées et je l'ai laissée seule dans une déchetterie horrible et froide, à côté d'un tas de détritus immondes et sans nom. Madame T. était âgée de dix ans et quelques mois. Elle était énorme et toute grise, pesait plus de vingt kilos. Fidèle, elle m'a accompagnée des soirées entières, plantée dans son coin, supportant mes grognements devant les mimiques de Claire Chazal, mes hurlements d'encouragement devant des compétitions de ski alpin (Hop Didier!!!) et mes larmes devant des téléfilms débiles du dimanche après-midi. Mais il était temps de nous séparer et de tourner la page de dix ans d'une relation cathodique hors du commun.

J'ai donc décidé, afin de poursuivre mes efforts d'abêtissement et d'asservissement à la culture dominante, d'investir dans un nouveau téléviseur. Pendant plusieurs jours, j'ai compulsé des sites internet dévolus à la vente de ces appareils et me suis arrachée les cheveux en analysant les multiples caractéristiques techniques que je ne comprenais pas. J'ai demandé des informations auprès de mes conseillers personnels et mon choix s'est enfin porté sur une marque bien précise, dont je dois bien sûr taire le nom ici. J'ai opté pour un modèle adapté à mon intérieur. Ni trop grand pour ne pas rendre jaloux mes voisins et mes rares invités. Ni trop petit afin de ne pas paraître pour la dernières des nulles qui a une télévision minable. Lors de ma visite dans le magasin (il a fallu que je me conditionne plusieurs heures auparavant pour ne pas paraître trop débile devant le vendeur), j'ai testé différents modèles et je me suis décidée pour un téléviseur intelligent qui me permet non seulement de regarder les chaînes et leur débilités sans nom mais également de surfer sur internet depuis mon fauteuil sans allumer mon ordinateur et sans regarder mon téléphone portable. La classe!

Je suis rentrée à la maison très fière de ce nouvel achat. Contrairement à Madame T. que nous avions transportée à deux il y a un temps immémorial, je pouvais porter le grand paquet toute seule, comme une grande, sans avoir à me torturer le dos sous le poids d'un mastodonte de technologie. Après quelques réglages de rigueur, j'ai pu alors apprécier avec un ravissement hébété les différences notables entre l'ancienne télévision et la nouvelle. Lorsque je regarde Top Models (Amour, gloire et beauté pour les francophones), je suis ébahie de la blancheur exquise des dents de Taylor et des reflets chatoyants dans la chevelure de Steffie. Avant, toutes ces donzelles étaient ternes, poupées sans saveur sur un petit écran de 55 centimètres de diagonale. Maintenant elles crèvent littéralement l'écran, surtout les seins refaits de Mme Taylor.
En visionnant les nouvelles suisses, les yeux de Darius captent toute mon attention. J'ai même failli être hypnotisée par le bellâtre alors que son studio d'enregistrement se trouve à des kilomètres de mon appartement. J'ai aussi pu contempler des manchots empereurs absolument magnifiques sur la chaîne Escales. J'ai toujours su qu'ils avaient des robes noires et blanches mais là, le blanc était plus que blanc et le noir plus que noir. J'en suis restée bouche bée. J'avais presque l'impression que lesdites bestioles se balançaient au milieu de mon salon tellement l'image était nette et les couleurs éclatantes. En plissant le nez, je pouvais sentir les embruns de l'océan et j'entendais nettement le cri des mouettes. Fabuleux!

Mais je ne suis pas encore remise de toutes mes émotions. Avoir un nouveau téléviseur, c'est bien mais maintenant il s'agit de s'intéresser à l'abonnement du fournisseur de chaînes. Car avec un tel appareil, un nouvel abonnement s'impose afin de bénéficier de tous les avantages de cette technologie. Plusieurs options se présentent à moi: celle de tel fournisseur qui me propose un abonnement pack avec internet, la télévision numérique, le téléphone fixe et portable; tel autre suggère un autre pack mais sans le téléphone fixe. Il faut encore m'intéresser au flux pour la connexion des données et savoir qu'est-ce qui est le plus adapté à mon utilisation de tous ces petits appareils qui peuplent mon quotidien. Et là, je commence à me poser sérieusement des questions.
Je ne comprends pas grand-chose aux différentes options envisageables et je ne sais même pas si j'ai envie de saisir les subtilités de toute cela. Et si je me rends dans telle succursale de tel fournisseur au centre ville, je sais que je vais devoir attendre dans une queue de consommateurs trépignants qui, tout comme moi, veulent avoir accès au maximum afin d'être connectés au monde et cela dans les meilleures conditions possibles.

Le bonheur passe-t-il par le visionnage de la télévision? Est-ce que je vais me sentir mieux si je peux capter Al-Jazeera et me faire endoctriner par des mecs barbus? Vaut-il vraiment la peine de voir les effets de la chirurgie esthétique sur une pétasse blonde, reine d'un sitcom sur la chaîne américaine no 585895889? Le dernier tube de tel crétin rappeur va-t-il changer ma vie? Les complaintes de Mamie Esmeralda en espagnol se plaignant de la baisse de son pouvoir d'achat vont-elles me tirer les larmes? Malheureusement, je crois que je suis trop avancée dans le processus d'avilissement et qu'il me faut continuer ma quête de la dernière technologie et de tout ce qu'elle peut offrir.

Ainsi, quand j'aurai un peu plus de temps, j'irai m'enquérir des avantages et inconvénients de tel abonnement. Mais pour l'heure, il est temps de choisir mon programme pour la soirée et là, même si je n'ai pas encore 250 chaînes, je n'ai que l'embarras du choix: une série américaine avec des poupées gonflables qui résolvent des énigmes avec des pinces à épiler? un blondinet qui a des visions extralucides? une comédie française qui ressemble plutôt à une mauvaise farce tragique? (téléréalité sans doute...), un débat avec des politiciens suisses devant lequel je vais inévitablement m'endormir ou Plus belle la vie? (vraiment plus belle avec ces couleurs chatoyantes sur mon écran)...
Si j'allais lire un bouquin dans mon bain? Ce serait plus simple....

Et soudain, une vision d'horreur s'impose à moi. J'ai également prévu de changer d'ordinateur portable. Le mien est âgé de 7 ans et il commence à avoir des signes certains de fatigue. Et puis la chaîne Hi-Fi pour écouter le dernier tube hip hop de Jean-Sébastien Bach?
Et mon aspirateur pour aspirer les cons?
Et mon fer à lisser?
Et mon téléphone portable?
Et mon joujou sexuel qui n'est pas connecté directement à internet et qui ne fait pas la vaisselle??
Et? et?

Bon sang, quand arrivera le petit génie qui inventera enfin un seul appareil électroménager multitâches? Et surtout, surtout qui créera un écran nous transmettant des matchs de tennis durant lesquels Federer jouera parfaitement sans être obligé de se mettre à la pétanque et au sirotage de pastis?





vendredi 6 septembre 2013

Crétins des Alpes

Alors que je me lève péniblement ce matin après une nouvelle nuit d'insomnie, (encore une, je ne les compte plus), je me prépare un petit café qui me décape la gorge et remet mes derniers neurones vivants en place.

La semaine qui se termine n'a pas été des plus simples pour mes élucubrations philosophiques. Un flot de questions m'assaille sur un tas de sujets. Je me demande si le congrès américain est capable de deviser sur une intervention militaire en Syrie, pourquoi Poutine fait l'apologie de la légalité au niveau international (on oublie vite la Tchétchénie et son conflit...) et quelle mouche a piqué une vénérable dame de 64 ans qui a traversé un bras de mer sans être protégée par une cage anti-requins. On se rappelle tout de même, au vu de mon post précédent, que ces animaux sont pourtant  friands de chère humaine. 

Mais ce flot de questions ininterrompu va rester pour l'heure sans réponse. Je n'en attends pas particulièrement mais je suis tout de même heureuse de savoir que les seins de Zahia sont vrais. 

En compulsant les nouvelles sur les médias électroniques, je tombe néanmoins sur une information qui me laisse particulièrement dubitative. 
Je lis en effet que la cabine d'une installation à câble a heurté un poids-lourd parqué juste sous son parcours. Sept des huit passagers présents ont été blessés. (blessures sans gravité).  L'accident s'est produit jeudi en fin d'après-midi sur la ligne du téléphérique partant de Spiringen (canton d'Uri) pour le Ratzi. Un camion était stationné juste en dessous du parcours du téléphérique et boum...
L'enquête devra déterminer pourquoi le poids lourd stationnait justement là et pas ailleurs et pourquoi le téléphérique n'a pas fait le poids contre le poids lourd. Sans doute que les deux engins ne combattaient pas dans la même catégorie.

Non, vous ne rêvez pas. L'information est vérifiée et bien réelle. Dans certains cantons suisses (Suisse centrale), on construit des installations à câble frôlant le plancher des vaches. Et des chauffeurs de camion semblent assez bêtes pour laisser leur véhicule juste sous le parcours.

Il ne s'agit pas de fustiger qui que ce soit dans l'affaire. Mais me vient alors à l'esprit cette singulière mais néanmoins sympathique expression usitée parfois dans nos conversations de bistrot : "Espèce de crétin des Alpes".
Je ne vais pas refaire ici la genèse de cette formulation haute en couleur mais je trouve qu'elle convient particulièrement à cette histoire.
En effet, nous sommes en face d'un certain nombre de crétins dans le cas qui nous intéresse. Tout d'abord, le mec qui a construit la ligne à câble à ras la motte et/ou celui qui a décidé d'y faire passer une route juste au-dessous. Ensuite le conducteur du poids lourd qui apparemment n'a réfléchi à rien en laissant son camion sans surveillance. Et pour finir les randonneurs zurichois qui se trouvaient dans la cabine, en excursion dans le canton d'Uri alors que l'on sait que ce canton est considéré comme "un canton primitif" dans l'histoire suisse. 

Vous me direz que l'histoire n'est pas très grave car le téléphérique n'a pas subi trop de dégâts et qu'il n'y a pas eu de morts dans l'incident. Vous avez sans doute raison mais vous avouerez que l'événement, même s'il prête à sourire, peut se conclure par cette petite réflexion. On n'est à l'abri de rien, même dans un tout petit téléphérique uranais menant sur une montagne à vaches.

J'ai pour habitude de circuler en métro pour me rendre sur mon lieu de travail. Mais je vais cesser cette pratique pour plusieurs raisons:
1. il n'y a pas de conducteur dans le métro et pas d'essuie-glaces aux fenêtres
2. une vache pourrait s'échapper de son étable uranaise et venir ruminer sur les voies dans les tunnels et paf le métro
3. je pourrai être victime d'une attaque au gaz sarin (c'est déjà arrivé dans un autre métro je ne sais plus où et le gaz sarin semble être une substance dans l'air ces temps-ci)
4, un constructeur de téléphérique pourrait avoir la bonne idée de faire circuler un téléphérique souterrain empruntant le même couloir que le métro
5. je n'ai plus envie d'aller travailler

Non, c'est décidé, je reste chez moi pendant un temps. J'ai de la bière au frais, de la musique à écouter et des bêtises à vous faire partager sur mon blog. 

Je limiterai ainsi les situations à risque même si je sais que les accidents ménagers peuvent être gravissimes.  Sécher ses cheveux alors qu'on prend un bain peut conduire à la mort, ouvrir une armoire peut faire basculer une boîte de raviolis dans le vide et vous écrabouiller le pied et on peut s'étrangler en regardant l'US Open et la défaite de Federer ou la réussite de Stan.

Tout le monde sait aussi que nous vivons à l'heure de la mondialisation et que tout s'exporte, d'une manière ou d'une autre. Le crétinisme n'échappe pas à cette règle et on peut rencontrer maintenant des crétins partout sur la surface du globe et pas seulement dans les Alpes. Les crétins des Alpes sont doublés par des crétins de campagne, des crétins de plaine, des crétins citadins et des crétins tout court.

Cela fait froid dans le dos et peut produire quelques sueurs de savoir qu'une si grande masse de crétins peuple cette planète. J'espère tout de même que ceux qui dirigent le monde et doivent prendre des décisions primordiales (pas seulement la construction de téléphérique) ces jours-ci sauront user de leurs neurones encore valides, pas encore contaminés par le crétinisme ambiant. Je souhaite également que les discussions dans les parlements de par le monde, du congrès au sénat, se dérouleront dans des salles munies de courant électrique car on peut s'attendre alors à des débats de crétins éclairés.

Sur ces bonnes paroles, je m'en vais planifier une randonnée sur une montagne lointaine qui crache du feu mais rassure-vous, je ne circulerai pas en téléphérique mais m'appuierai avec force et vaillance sur mes deux jambes encore valides.





vendredi 16 août 2013

Sus aux requins: révolution!

 



Lu ce matin dans la presse qu'une dame s'est fait arracher un bras par un requin à Hawaï pendant qu'elle prenait son bain dans la Grande Bleue.

Un témoin raconte: «Nous avons entendu un cri qui venait de la mer, un cri impressionnant».

C'est terrifiant. La mer se met à gueuler. Pourtant je me rappelle quand je regardais "Le Grand Bleu" que tout n'avait l'air que quiétude et volupté dans les fonds marins.

Salopard de requin. On ne sait pas dans quel état se trouve la victime. On espère qu'il lui reste encore l'autre bras et qu'elle pourra manger encore du bon chocolat suisse car tout le monde sait que "pas de bras, pas de chocolat".

Moi aussi j'ai envie de gueuler parce j'évolue dans un monde truffé de requins. Des gros, des petits, des beaux, des pas beaux, des cons, des intelligents.

Je suis en train de compulser mes assurances ce matin car je vais devoir partir à l'étranger. Il me faut une assurance annulation et rapatriement et je me rends compte que je n'ai pas cela alors que je paie un saladier pour des assurances de toutes sortes. Les assureurs sont des requins. Il faut toujours souscrire à des trucs improbables, relire les contrats et les conditions souvent illisibles à l'oeil nu car écrites en caractères minuscules. Bientôt, quand on ira aux toilettes, il faudra une assurance "dégâts d'eau" car on ne sait jamais au moment où on tire la chasse si la moitié de l'immeuble ne va pas nous arriver sur la tronche.

Les banquiers ont aussi des gueules de requins. On dépose son pognon sur des comptes en banque qui ne rapportent bientôt plus rien. Les taux d'intérêts sont ridicules et puis nous ne sommes même pas sûrs que notre argent est en sécurité. J'ai rencontré un Chypriote hier qui m'a décrit avec les mains (je ne comprends pas sa langue) les agissements de sa banque. Je suis presque tombée en dépression en l'écoutant et me suis demandée toute la nuit si je n'avais pas intérêt à déposer mes liasses de billets dans un oreiller, comme feue mon arrière-grande tante Augustine de la Motte du Dessus. Le Chypriote gesticulait tellement sur le passage pour piétons quand il me racontait tout cela que tout le monde a crû qu'il faisait la circulation et nous avons assisté à des scènes apocalyptiques de conducteurs complètement déphasés au volant de leurs voitures.

Les employeurs peuvent également être des requins. Avec de grandes dents pointues. Ils nous pressent comme des citrons. Cela ne m'étonne pas que les gens pètent les plombs les uns après les autres sur leurs lieux de travail. Même les psychologues et les psychiatres ingurgitent des petites pilules roses, n'en pouvant plus d'écouter les jérémiades de ces nouveaux dépressifs, "les burn-outés".

Je regarde mes bras ce matin. Ils sont encore accrochés au tronc. C'est un miracle dans cette jungle de requins. Je suis vivante et entière. Peut-être qu'il me manque quelques neurones mais cela est dû à une consommation de bières particulièrement élevée en ces temps de grandes chaleurs estivales. Mais j'arrive encore à réfléchir et à m'indigner. N'est-ce pas monsieur Hessel?

J'ai aussi des mains au bout de mes bras, ce qui est plutôt pratique pour foutre des claques.

C'est décidé, dès maintenant je vais donner des coups de mains (entendez par là des claques sonnantes) à quelques requins à grande gueule. Je vais leur arracher leurs nageoires. Je commencerai par la nageoire dorsale, je passerai ensuite par la nageoire caudale puis par la nageoire anale (aïiiiiiieeeee) et terminerai par les nageoires pelvienne et pectorale.

Cela va saigner, je vous le garantis. Et ça va gueuler.

La révolution contre les requins est lancée dès ce vendredi 16 août 2013. Il faut arrêter de nous prendre pour des cons de baigneurs qui ne savent pas nager dans cette société de pourris.

Le requin scie aura un traitement très spécial car pour lui, je vais utiliser ma tronçonneuse de compétition, celle à 10 vitesses. Il faut savoir faire souffrir ses victimes avec délectation.

Sus aux requins de toutes sortes!




P.S 1. Suite à la publication de cet article, notre ami Ben, fervent défenseur des requins, nous a expliqué avec emphase que la population des requins diminue au fond des océans et que cela va poser un réel problème car ils sont au sommet de la chaîne alimentaire et représentent de ce fait de véritables régulateurs de la vie aquatique. Nous avons dû spécifier à notre ami Ben que nous n'allions pas éradiquer les fonds marins. 

Le numéro de compte pour l'Association de défense des vrais requins est le suivant.
10-578947-4 avec mention: "Sauvons les vrais requins"

Merci de votre générosité. 

P.S. 2: Suite à la publication de cet article, Hobbes, de son petit nom Thomas, qui a dit une fois: "l'homme est un loup pour l'homme" vient de m'appeler de l'au-delà avec son Samgung S4 pour rectifier ses propos ainsi: "l'homme est un requin pour l'homme". 
Nous le remercions de sa précieuse contribution. J'aime bien Hobbes. Quand il faisait de la course à pied (les 20 km de Lausanne), j'allais toujours l'encourager sur le parcours en criant: "Hobbes, Hobbes, Hop, Hop".